L’héritage de l’École de Francfort: L’ÉMERGENCE DES NOUVEAUX MOUVEMENTS SOCIAUX (NMS) – 2

February 17, 2015 § Leave a comment

 Le premier article de cette série voulait présenter la transformation extraordinaire du marxisme depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à travers d’une part, les travaux théoriques de l’École de Francfort, un regroupement assez large de philosophes et de sociologues et, d’autre part, l’émergence des Nouveaux Mouvements Sociaux (NMS) comme lieux privilégiés de l’action collective contemporaine.

Globalement, la stratégie de ces NMS est d’une efficacité quasi-diabolique: On crée des catégories abstraites et on artificialise et insrumentalise des conflits entre ces groupes.

Les Nouveaux Mouvements Sociaux (NMS) sont actifs dans les domaines environnementaux (les “Écolos”), de la libération des femmes (les “féministes”), des gays, lesbiennes et transgenres (les LGBT), des immigrants, des syndiqués, des pauvres, des queers, des Blacks, des Beurs, des anarchistes (les “black blocs”) et cie. Ces NMS ne sont pas organisés en partis politiques mais plutôt en “Réseaux” plus ou moins bien structurés. Avec les NMS, nous ne sommes plus devant des structures hiérarchiques quasi-militaires mais devant des structures fluides, mouvantes et réticulées.

Au Québec, les syndicats, le PQ et Québec Solidaire ont réussi à fédérer et à canaliser avec succès ces Nouveaux Mouvements Sociaux. Ils ont ainsi contribué à régénérer la gauche québécoise. L’intérêt et l’ATTRAIT des NMS réside en partie dans leur caractère HOLISTIQUE: pour ces militants, l’action collective doit dépasser et transcender le politique et englober toutes les dimensions de la vie sociale, culturelle et morale d’une communauté.

LE MARXISME CULTUREL VU PAR LES MARXISTES…

De façon analogue au “christianisme culturel”, il n’y a pas de définition universellement acceptée du “marxisme culturel”. En pratique, on identifie deux visions du marxisme culturel. La première vision est celle des marxistes eux-mêmes. Elle se distingue par son caractère méthodologique. Elle porte sur l’application du schéma marxiste culturel à des situations dites “d’oppression” ou d'”inégalité”. Cette application suit une méthodologie très simple mais très puissante, “fool proof”. Voici comment fonctionne ce schéma:

  • Étape 1:    Dans l’abstraction, définition d’un exploiteur et d’un exploité/aliéné (“l’homme”, le “blanc”, le “straight”, le “de souche”, etc.)
  • Étape 2:    “Réification” (c-à-d on crée, on invente…) d’un groupe d’exploiteurs et d’un groupe d’exploités sur la base de critères macro-sociologiques:  c’est l’apparition du “Nous” et du “Eux”  – Ex.: “Nous” les gays, “Nous” les pauvres, “Nous” les “queers“, “Nous” les “femmes”, “eux” les “hommes”, etc.)
  • Étape 3:    Volonté de supprimer la relation d’exploitation au niveau du groupe.

La version économique du marxisme est connue et triviale, c’est le socialisme de lutte des classes économiques (le “Capitaliste” versus l'”Ouvrier”). En ce qui concerne les relations culturelles et sociales, toute situation d’inégalité perçue sociologiquement sera passée à la moulinette de ce schéma cognitif. Le concept-clé dans le marxisme culturel c’est l'”inégalité“.

Voici quelques exemples de pseudo-inégalités:

  1. Prenons le Curé ‘Alpha‘ d’une paroisse ‘Béta’ qui, disons,  ‘opprimerait’ quelques fidèles -> Donc, par réification, le curé ‘Alpha’ devient l’Église! (…c’est le mécanisme de la réification: du petit curé d’une paroisse anonyme on généralise à l’Église), Église qui opprime les croyants -> Donc, nous concluons: c’est la Religion qui opprime le peuple
  2. Soit un mari ‘blanc’ “alpha” qui ‘opprimerait’ sa femme -> Donc, c’est une “preuve” du “Patriarcat” (…la réification’) qui opprime les femmes (c’est la “réification”)
  3. Soit un barman (blanc) qui refuse de servir des clients noirs -> Donc tous les Mâles blancs (…c’est encore la réification) oppriment les minorités raciales.

La “réification” est la généralisation abusive qui crée des fausses classes sociales et de fausses identités. L”‘identité” fait partie de ces fausses abstractions. Les pseudo-intellectuels à la Mathieu Bock-Côté, par exemple, qui se gorgent de grands mots vides, abusent de ce tour de passe-passe intellectuel. Pour ces intelllos, l”identité” est une évidence empirique, or ce n’est pas du tout le cas.

D’ailleurs, et cela fait partie de leur stratégie, ces fausses classes sociales, représentées par des groupes de pression, vont ensuite elles-mêmes se battre pour se faire reconnaître de faux droits par l’État… (droits aux garderies, droits à la procréation médicalement assistée, droit à la gestation pour autrui, etc.). Mais l’État, en créant tous ces nouveaux “droits-à”, accorde aussi implicitement à ses détenteurs, c.-à-d. le citoyen de ce groupe visé par ce droit, le droit implicite d’exiger de l’État qu’il fournisse la prestation de ce service. Et l’État ne peut fournir ce service, et répondre à ce faux droit, qu’en allant piller encore plus les ressources de ses citoyens, Et, de là, tu viens de déclencher la spirale infernale du pillage, des impôts, des taxes et de l’engraissement de l’État-Providence.

Pour chaque exemple présenté, la stratégie est simple: on regroupe la classe des gentils opprimés et la classe des méchants oppresseurs. C’est le Bien contre le Mal. Le marxisme est devenu une théorie morale en plus d’être une théorie politique et économique.

Ce schéma d’analyse marxiste peut atteindre un degré de raffinement considérable et, dans les milieux universitaires, il s’affuble même du nom de ‘Théorie critique‘. C’est cette théorie critique qui est à la base des Gender studies, des afro-american studies et des Gay Studies, etc. Son succès a été énorme et déterminant dans l’évolution de nos sociétés occidentales. Le marxisme culturel et ses théories associées dominent le paysage universitaire contemporain en Occident.

MARXISME CULTUREL : LA VISION DES PALÉO-CONSERVATEURS AMÉRICAINS

La seconde vision du marxisme culturel est celle mise de l’avant par les conservateurs et paléo-conservateurs américains (notamment Paul Gottfried, Patrick Buchanan et William S. Lind). Ces derniers prétendent que le but du marxisme culturel est essentiellement de mettre un terme à la civilisation occidentale. Les outils du marxisme culturel s’articulent autour de la “Rectitude politique” et sont, parmi plusieurs autres:

  • Enseignement du sexe, de l’homosexualité et de la transexualité aux enfants. toutes les transgressions par rapport à la morale traditionnelle sont permises;
  • Immigration exotique massive afin de détruire physiquement l’identité des peuples blancs et de cliver la société.
  • Destruction de la famille et de la nation afin de détruire l’identité psychique des peuples occidentaux.
  • Destruction de l’éducation et création d’une langue de bois pour crétiniser et ôter les repères culturels
  • Avortement, destruction du mariage et de la cellule familiale stable.
  • Dénigrement systématique de l’ Église (pour détruire les repères moraux et culturels fondateurs).
  • Dépendance à l’Etat.
  • Dépendance aux allocations sociales (afin de créer une clientèle asservie).Crétinisation des médias et des écoles (pour détruire la faculté de jugement).
  • Substitution de la famille patriarcale par la famille monoparentale, voire homoparentale (afin d’éliminer l’influence néfaste du gros méchant mâle blanc).
  • Destruction de la filiation (devinez pourquoi…)
  • etc.

Il faut savoir que cette seconde vision a été reprise, à travers le réseau Inernet, par de nombreux groupes d’extrême-droite, de néo-nazis et de groupes conspirationnistes. Cette vision paléo-conservatrice n’est pas mauvaise en soi, au contraire, mais sa manipulation est intellectuellement piégée et très risquée (car associée à des groupes discrédités). Dans un sens, cette récupération par les groupes extrémistes sert plus à accréditer la thèse du marxisme culturel qu’à la réfuter. Il est donc de la plus haute importance de bien choisir ses références lorsque nous débattons du marxisme culturel.

CONCLUSION

Ceci étant dit, ce n’est pas parce qu’un groupe social est discrédité socialement par le “Bag” qu’il perd automatiquement sa valeur.

Il faut simplement en être conscient.

En résumé, depuis les années 60-70 et malgré la Chute du Mur de Berlin, on assiste à une véritable renaissance du marxisme. Il demeure toujours vivant et actif et il a transformé radicalement la nature de son action politique.


 

Le livre du Pr. Paul Gottfried sur le marxisme culturel est un bon point de départ pour commencer à décoder ce phénomène politique

Gottfried , P., (2005),“The strange death of marxism”, Publ.: University of Missouri , 176 p. –  http://www.amazon.com/The-Strange-Death-Marxism-Millennium/dp/0826215971

Dubet, François ((1993)), « Les nouveaux mouvements sociaux », Paris, PUF, coll. ”in François Chazel (dir), Action collective et mouvements sociaux”, p. 61-63

 

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